Des instantanés du futur

Je publie de la fiction de manière professionnelle (c’est-à-dire en étant payé pour ça) depuis 1997. Mais l’un des objectifs informels que je me suis fixés en tant qu’auteur est d’essayer de publier des textes dans le plus grand nombre de médias possible. Par exemple, j’ai publié un scénario de jeu de rôle et deux articles dans feu le magazine Casus Belli, écrit un texte pour enfants pour Bayard Presse… et co-signé un article scientifique en janvier dernier. Comme tout article qui se respecte, il a un titre super long (en anglais, parce que sérieusement, quoi) :

Instant Futures: an experimental study of the imagination of alternative near futures thanks to science fiction

Le titre de la revue est Integrative Psychological and Behavioral Science et, contrairement à Casus Belli, je ne la lis pas régulièrement. Mais l’autre L. de L.L. Kloetzer, celle qui fait de la recherche scientifique, la connaît bien. Dans cet article, nous décrivons des recherches menées au cours des cinq dernières années dans le cadre du cours de Psychologie de l’environnement enseigné par L.K. (l’autre) à l’Université de Neuchâtel. Dans ce cours, l’enseignante utilise des protokools de Zanzibar [fr] pour amener les étudiants à réfléchir au futur.

Avec l’accord des personnes concernées, nous avons étudié les récits produits, ce qui nous a permis de relier la construction des récits aux mécanismes de l’imagination décrits par Lev Vygotski, le plus cool et le plus marxiste des chercheurs en psychologie.

Le protokool utilisé est un « classique » que nous avons joué à de nombreuses reprises avec nos amis zanzi.

Dans la première phase, on demande aux participant.e.s de décrire un lieu familier dans un futur qu’ils/elles ne souhaitent pas voir advenir.


Dans la deuxième phase, on leur demande de décrire le même lieu dans un futur qu’ils/elles trouvent désirable.

Nous nous sommes ensuite demandé quelles ressources imaginaires — personnelles, liées à l’actualité ou fictionnelles — étaient mobilisées pour construire ces « instantanés du futur » (je ne l’avais pas dit, mais les étudiants disposaient de 10 minutes à chaque fois pour rédiger leurs textes).

Pour nous concentrer sur les ressources fictionnelles, nous nous sommes demandé si les récits produits en 1.1 étaient plutôt « Wall-E » (monde mort, tas de déchets), plutôt « Mad Max » (pillards et violence), plutôt « La Route » (apocalypse nucléaire ou climatique), plutôt « Le Meilleur des mondes », etc. Ou si les récits produits en 1.2 (positifs) étaient plutôt « Monde Vert » (c’est ainsi que j’appelle l’idéal écologique minimaliste actuel : recyclage, permaculture, circuits courts, etc.), plutôt « Blanche-Neige » (on vit heureux dans la forêt avec les animaux), plutôt « Nausicaä » (communautés rurales isolées et laborieuses avec un peu de technologie), plutôt « Star Trek » (la super-technologie nous aide à surmonter les problèmes)…

C’est moi (LK) qui ai nommé les catégories fictionnelles — jetez-moi des pierres si vous les trouvez stupides 😅. Je commenterai les résultats de l’étude dans un prochain billet, mais si vous êtes impatients, vous pouvez lire l’article !

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